La fois où on a acheté notre première maison

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Quand j’ai emménagé dans mon dernier appartement, je me suis dit que j’y resterais jusqu’à ce que je devienne propriétaire. C’est que cet appartement était plutôt spécial. Il était au-dessus d’un garage qui était en fait l’extension d’un immeuble à logement. Ce qui voulait dire que je n’avais pas de voisin. Un peu en retrait de la rue, au fond d’une cour; c’était la tranquillité rêvée. Jamais je n’entendais de voisin marcher, de télé trop forte et, à l’inverse, je pouvais faire le bruit que je voulais sans déranger personne.

Puis, à ma grande surprise, mon souhait de ne jamais être locataire d’un autre appartement s’est réalisé. Après 9 ans à la même adresse, j’ai fait l’acquisition d’un grand loft industriel.

Raphaël m’avait plusieurs fois posé la question : « Voudrais-tu acheter avec moi? » On se fréquentait depuis pas très longtemps et je prenais toujours ça un peu à la blague, ne croyant pas qu’il était sérieux. Après tout, n’est-ce pas un passage obligé d’habiter ensemble en appartement avant d’acheter une propriété? De plus, j’étais persuadée que c’était au-dessus de mes moyens. Or, j’ai fini par comprendre que sa question était sincère, et à partir de là tout a déboulé. Il avait l’œil depuis un moment sur un loft dans une ancienne usine de textile convertie en habitations. Son idée était pas mal faite. Avant de prendre ma décision, j’ai donc demandé à aller visiter ledit loft. J’ai été surprise, j’ai été charmée. Plus jeune, j’aurais été du genre à vouloir habiter dans une maison ancestrale remplie d’antiquités, mais en vieillissant je me rends compte que mes intérêts évoluent et que le mariage des styles peut être très harmonieux. Ce grand loft au plafond de béton et complètement vide pouvait paraître froid, pourtant je le trouvais magnifique et je pouvais facilement m’imaginer y vivre.

À la 2e visite nous avons réservé notre unité et le processus s’est enclenché. Je vivais une grande excitation mélangée à un peu de nervosité. Après tout, pouvais-je vraiment me permettre cet achat? J’ai calculé et recalculé, gonflant toutes les dépenses, et la réponse était toujours la même. Oui. Nous pouvions absolument nous permettre d’acheter notre première maison.

Il s’est passé trois mois entre le moment où nous avons signé notre contrat d’achat et la prise de possession de notre loft. Trois mois à rêver, à discuter, à magasiner en planifiant ce que nous allions faire dans tel ou tel espace. J’avais très hâte et l’excitation était à son comble. Toutefois, plus la date du déménagement approchait, plus la nervosité s’installait. Presque toutes mes boîtes étaient faites et empilées chez moi, j’avais réussi à céder mon bail à une jeune fille qui, comme moi, aimait la tranquillité. J’allais quitter un quartier que j’avais vu changer (pour le mieux), une ambiance effervescente et animée, des habitudes bien implantées dans ma routine et ça me faisait un petit pincement au cœur. Je dois avouer que le dernier soir où j’ai dormi dans ce qui allait devenir mon ancien chez-moi, j’ai versé une petite larme. Je laissais le lieu qui avait vu passer toute ma vingtaine et je dormais pour la dernière fois dans mon lit… Un lit dans lequel je dormais depuis vingt ans et qui avait appartenu à mon arrière-grand-père. Il avait toujours été très cher à mon cœur, mais je m’étais résignée à avouer qu’il ne serait pas mis en valeur dans notre loft et qu’il était, somme toute, un peu petit. J’étais quand même contente de savoir qu’il resterait dans la famille et que c’était mon petit frère qui pourrait désormais en profiter. J’ai versé une larme, mais je n’étais pas amère. Je savais que ce qui s’en venait serait mille fois mieux.

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Trois mois plus tard, nous emménagions dans cette coquille vide. Un superbe canevas blanc où tout devenait possible pour nous. Certains disent que c’est un gros stress pour un couple de passer à l’étape de vivre ensemble. Mais pour nous, ça s’est fait facilement, sans chicane, sans conflit, et ça continue comme ça depuis.

Claude
© Textes et photographies: Claude Bourgault

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